Salvador Sobral refuse Eurovision 2026 et met des mots sur un malaise qui grandit

À mesure que l’Eurovision s’approche de son 70ᵉ anniversaire, le concours ressemble de moins en moins à une fête consensuelle et de plus en plus à un miroir inconfortable. La confirmation de la participation d’Israël a ravivé une crise qui couvait déjà, et cette fois, ce ne sont pas seulement les réseaux sociaux qui s’enflamment. Ce sont les anciens vainqueurs qui prennent la parole. Et quand ils parlent, l’Eurovision écoute. Ou devrait.
Après Nemo, vainqueur de l’édition 2024, et Charlie McGettigan, qui ont choisi de rendre leur trophée en signe de protestation, un autre nom emblématique s’est invité dans le débat. Celui de Salvador Sobral.
Et oui, le Portugais y a pensé lui aussi.
« Ce n’est pas à propos de moi »
Dans une interview accordée à RAC1, Sobral explique avoir envisagé de rendre son micro de cristal, symbole de sa victoire en 2017. Mais il a finalement renoncé. Pas par indifférence, ni par confort. Par refus du geste creux.
Pour lui, rendre le trophée aurait déplacé le projecteur vers sa personne, alors que le sujet est ailleurs. Beaucoup plus grave. Beaucoup plus urgent.
Ce qui se passe à Gaza, insiste-t-il, continue chaque jour. Les cessez-le-feu se brisent, les civils meurent, et l’Eurovision, pendant ce temps, poursuit sa route comme si la neutralité suffisait à justifier le silence. Sobral n’y croit pas.
Un refus clair pour Eurovision 2026
Le chanteur va plus loin. Il révèle avoir décliné l’invitation à participer à Eurovision 2026, édition anniversaire censée célébrer sept décennies de musique et d’unité européenne. Un refus qui n’a rien d’un caprice artistique.
Sobral pointe une incohérence qu’il juge de plus en plus difficile à accepter. Celle d’un concours qui a su exclure la Russie au nom de principes clairs, mais qui applique aujourd’hui des critères variables selon le contexte géopolitique. Et celle, aussi, de son propre pays.
Le Portugal organise des concerts solidaires pour Gaza, auxquels Sobral a participé. Mais continue de concourir à l’Eurovision sans jamais remettre en question sa présence. Cette dissonance le touche. Le déçoit. L’attriste.
Quand l’Eurovision perd son humanité, dit-il en substance, elle perd aussi son intérêt.
Plus qu’une polémique, une crise de sens
Ce qui se joue actuellement dépasse largement une édition ou un pays. Lorsque plusieurs gagnants, issus de générations différentes, expriment publiquement leur malaise, l’Eurovision ne peut plus se contenter de communiquer. Elle doit réfléchir.
Le concours a toujours revendiqué des valeurs. Inclusion, paix, dialogue. Aujourd’hui, ces mots sont mis à l’épreuve. Et le silence, parfois, pèse plus lourd qu’un boycott.
Eurovision 2026 aura bien lieu.
Mais la question n’est plus seulement où ni comment.
Elle est désormais pourquoi, et surtout pour qui.
Source: RAC 1